Je suis Daniela. Je suis originaire du Boeniaranta un village situé à l’Ouest de Madagascar ; à 6 heures de Mahajanga ville en pirogue à voile. La source principale de revenus des villageois est la pêche. Mon père est pêcheur.
Fille d’un pêcheur, ce n’est pas un beau titre. A l’époque je n’en étais pas si fière. Etre une fille de pêcheur impliquait, chez nous, que ta vie est déjà tracée , tu n’as pas le droit de rêver; soit tu te maries à un pêcheur parfois 20 ans plus âgé que toi dès que tu es en règle, avoir 5 enfants en escaliers et devenir vendeuse de poisson ou « mokary (snack traditionnelle)» ; soit tu iras à l’école et supporter les moqueries de tes camarades car tes parents n’ont pas pu payer ton écolage à temps, tu n’as qu’une paire de chaussures et quelques vêtements qu’ils connaissent par cœur. Tu vas te décourager, abandonner l’école et tous tes rêves. Tu te maries avec un pêcheur et donneras naissance à des futurs pêcheurs et/ou futur femme de pêcheur.
Moi je faisais partie du second groupe, mais j’ai refusé d’abandonner mes rêves même si j’ai traversé une rude vie scolaire. Mes parents nous inscrivaient dans une école privée à Mahajanga ville même si cela allait au-delà de leur capacité financière et allait empirer notre situation. Quand j’avais 11 ans, je voulais devenir pilote car à cette époque, voyager en avion m’extasiait. À chaque fois que je vois un avion, je ferme mes yeux et je formulais un vœu : « Mon Dieu donne-moi la chance d’aller en avion autant de fois que je ne peux plus compter », je voulais aussi être avocats, ingénieur en informatique, et bien d’autres encore. Mes ambitions professionnelles changeaient tous le temps à cause de la situation financière familiale.
En 2007, ma mère subissait une opération de l’estomac, notre situation financière s’empirait. En 2010, mon père a été diagnostiqué asthmatique, ce qui m’a contraint à arrêter mes études. Pour moi c’est donc la pire des choses qui puisse m’arriver, j’ai refusé. Il me restait encore 5 ans à parcourir afin d’avoir mon diplôme d’ingénieur en Informatique, j’ai refusé d’abandonner, j’ai voulu montrer le bon exemple pour mes 3 sœurs.
Je m’obstinais. Par la suite, j’ai enchainé des petits boulots comme la vente des achards mangue en bouteille, la vente des snacks, jusqu’à même copier les leçons et faire le devoir de mes amis étudiants à l’université, ainsi que la saisie et la correction des fautes de français de leur mémoire. A cette époque, je n’ai jamais pensé que je deviendrai une entrepreneur social. Je n’ai jamais même su que ce métier existe.
En 2014, j’ai eu mon bacc+3 en Informatique et j’ai arrêté mes études. C’était la dépression totale ; aucune énergie ni volonté à continuer. J’ai essayé de rechercher un travail avec mon carton de Licence mais en vain. Dieu merci. Oui Dieu merci car cela va changer mon sort. En Octobre 2015, j’ai pris la décision d’aller à Antananarivo (capital de Madagascar) pour travailler et continuer mes études.
Dès mon arrivée à Antananarivo, j’ai été surprise par les prix flambants des poissons au marché, c’était très cher ; pourtant les pêcheurs sont toujours pauvres et vulnérables. Plusieurs questions et faits se croisaient dans ma tête, après quelque mois de recherche j’en déduis que les intermédiaires achètent les poissons à un prix très bas au grand dam des pêcheurs. Ces derniers n’ont pas accès au marché pour des diverses raisons. L’idée de créer VIAVY FISH SHOP m’est donc venue. VIAVY FISH SHOP est une plateforme qui sert d’intermédiaire entre les pêcheurs et acheteurs pour assurer le commerce équitable, la création de l’emploi pour les jeunes illettré, la pêche durable et solidaire ; protection de l’écosystème marin et la scolarisation des enfants des pêcheurs ; fille en priorité. Car comme moi il y a des centaines de filles de pêcheurs qui disposent des ambitions/ visions à Boeniaranta; via mon projet VIAVY FISH SHOP je voulais assurer que ses filles réussissent à concrétiser leur rêves et voir plus grand, qu’ailleurs il y a une autre vie que d’être une femme des pêcheurs et vendeuse de poisson ou mokary et pourquoi pas aider les garçons aussi !
Grace a VIAVY FISH SHOP, j’ai pu aller à l’étranger, faisant de moi une des premières filles de mon village a non seulement avoir eu un diplôme universitaire, mais aussi et surtout l’une des premiers à avoir pris l’avion. J’ai pu réaliser un rêve d’enfant. Et maintenant, je veux que les enfants des pêcheurs se mettent à s’accrocher à leurs rêves aussi.