J’ai grandi avec ma grand-mère à Molokai, un village du departement de la Lekoumou qui a été effacé de la carte du Congo-Brazzaville par des rebelles, pendant la guerre civile qui a ravagé mon pays en 1997. Ce village n’avait ni école, ni hôpital, ni boutique, ni eau potable, ni électricité etc.
En plus, l’école la plus proche était à Bambama, un autre village situé à 5 km du nôtre. À l’âge de 6ans, je devrais marcher 5km dans la forêt pour aller à l’école. Nous quittions le village à 4 heures du matin parce que je ne pouvais pas marcher au même rythme que les plus grands. À certains endroits, je devrais courir pour rattraper les autres.
Un jour, alors que nous rentrions de l’école, une grande pluie s’est abattue sur nous et je suis arrivée au village tout mouillé avec une forte fièvre. Ma grand-mère m’a fait une tisane à base des feuilles de brousse et je me suis endormi. À 4 heures du matin lorsqu’on me réveilla pour aller à l’école, j’ai décidé d’arrêter tout court les études comme la majorité des jeunes de ma génération et j’ai dit à ma grand-mère que je n’irai plus jamais à l’école tant que les conditions de vie ne changeront point. Pour réponse, elle me dit : « celui qui aime la pluie, doit aussi aimer la boue. Si tu veux que ces conditions puissent changer, tu dois aller à l’école, travailler dur afin de venir apporter le changement dans la communauté ».
Depuis, cette phrase est restée dans ma tête. Toutes mes années d’études ont été motivées par cet objectif de changement. Lorsque j’ai fini mes études, j’ai travaillé pendant 5 ans dans une filiale du géant minier Glencore avant de démissionner et utiliser l’argent que j’avais amassé pour lancer Espace Opoko qui est une ONG qui soutient l’éducation des enfants issus des familles pauvres de ma communauté.
Cette ONG porte le nom de ma grand-mère Opoko Emilienne. Espace Opoko, est donc devenu depuis 2012, cet espace de ma grand-mère qui apporte le soutien, des compétences, des modèles et des ressources aux jeunes afin qu'ils deviennent des membres productifs et actifs de notre communauté.
En somme, l’homme résilient et persévérant que je suis devenu aujourd’hui a été forgé par ma grand-mère. Grâce à elle, j’ai compris le pouvoir de la modélisation dans le processus du changement. Quand on veut apporter le changement dans une communauté, les paroles ne suffisent pas. Il faut plutôt être soi-même le modèle de ce changement afin de susciter l’adhésion des autres. Ghandi qui était le modèle même ce type de leadership par l’exemple disait : « sois le changement que tu veux voir dans le monde ». Je suis d’avis avec lui.
Le lien facebook de mon organisation: https://www.facebook.com/espaceopoko/
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